lundi 21 janvier 2008

Respire

C'est une foule!
Ils sont des milliers, des millions, ils sont innombrables.
Bigarrés, multicolores, les uns doux et ronds, d'autres élancés jusqu'au ciel. Certains, minuscules, circulent au coude à coude en groupes serrés, comme des fourmis.
Tous, ils arpentent mes propriétés, me taquinent et me chatouillent.
Les plus audacieux posent un sucre sur la lagune de ma langue et observent en riant comment les vagues immenses viennent le dissoudre, puis, à la dernière minute, à l'aide de minuscules fourchettes ornées de plumes, ils piquent, attrapent le sirop, et caressent mes papilles en un geste tournant.
D'autres, lourds et imposants comme des poussahs, ont installé coussins et tapis dans une grotte enfouie loin. Tirant sur leurs hookah, ils palabrent et crachent au sol. Alors mon ventre se serre sous leur poids, car ils sont dans mon estomac.
Dans mes propriétés, ça bouillonne ici et là! Torrents et geysers se croisent au confluent, là où bouillonnent les cataractes. Et le courant s'étonne d'un embranchement si neuf : ici vient d'apparaître une nouvelle source chaude qui frémit.
Bien entendu, tout ça me plait. J'ai toujours aimé les grandes manoeuvres.
Pourtant, je ne suis presque plus chez moi. Quoi? Ce fourmillement, c'est mes propriétés? Mais alors, où est passé le marécage? Et les près couverts de touffes serrées de bitter leaf, les voici devenus des vergers pleins de myriades de fruits. C'est un chamboulement tel, que même mes figures à moi, qui se tenaient là bien rangées, bien plantées à leur place, les pieds dans la gadoue des marais, je ne les retrouve plus.
Il faut dire qu'il n'y a plus de marais, mais des collines et des vallons couverts de fleurs multicolores. Elles se sont fait la malle, mes figures à moi, et j'avoue, elles ne me manquent pas et dans le fond, je suis content que le printemps soit arrivé en avance sur mes propriétés.
Le mieux, c'est la brise qui va et vient, afflue et reflue, tiède et parfumée. Les millions de nouveaux visiteurs bigarrés, ceux qui s'emploient à me taquiner, me chatouiller et me caresser, frissonent de plaisir quand elle souffle cette brise.
C'est ton souffle Honey. You are breathing inside my soul.

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