
De petits flocons blancs et froids.
Sarangheyo renifle puis frappe de son sabot l'étendue blanche qui a recouvert sa maison.Il se souvient de la neige il y a longtemps, quand il était encore poulain mais c'est sa première neige dans sa nouvelle contrée. Ca tombe sur les naseaux, ca mouille le poil, ca rend un peu foufou et ca donne envie de se rouler par terre, de caracoler dans son enclos, de sauter la barrière et de galoper pour rejoindre son île natale.
Mais l'heure n'est pas à la folie. A l'écoute, les oreilles tendues, il souffle dans le froid, lutte contre la torpeur qui l'envahit. Lui, Sarangheyo, fier cheval outsider, bête somptueuse et bornée, tombeur de ces dames et ces messieurs, torpilleur de la vie, baisse la garde et se couche dans son écurie.
Pas comme d'habitude où il ne dormait que d'un oeil, prêt à s'enfuir au premier bruit suspect, les quatre pattes plantées dans le sol. Il se couche pour une première nuit où il se sent en sécurité, au sol, vulnérable mais si bien dans la douce chaleur de la paille, se lovant dans une écurie où il est enfin chez lui. Sentant ses pattes ployer sous son corps, doucement, le cheval se couche sur le flanc.
Tous ces changements! c'est que Sarangheyo n'est plus seul.Car, là dans une écurie jadis éphémère pourtant de nature mais désormais en dur, construite contre vents et marées,contre nature; dans ce court espace entre vingt années vécues et vingt à vivre, entre les deux faces d'un miroir; là dans le silence de la plaine enneigée, Sarangheyo tourne la tête et considère une nouvelle fois le renflement de son ventre avant de sombrer dans le plus profond des sommeils,serein, rêvant sans doute à cet être d'amour à qui bientôt il donnera naissance.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire