Avant, dans une autre vie, dans un autre temps, dans une autre pulsation, je me plaisais a croire que j'étais une chirurgienne d'exception. D'exception c'est bien le mot: rien que la spécialité déjà ça en faisait frémir plus d'un car, attention, moi Mossieur, je manipulais la partie la plus importante et aussi la plus délicate de l'anatomie: le cœur. Moi qui était pourtant si maladroite, si empotée, si handicapée par ces mains fines mais étreintes de tremblements constants, handicapée par des doigts cassants comme le verre et malhabiles, je trouvais avec une détermination sans égale une dextérité certaine.
C'est que j'aimais la rigueur moi, les rituels, la précision, le statut: attacher ses cheveux, nettoyer les mains, enfiler les gants, prendre le scalpel et découper selon les pointilles. Ensuite tout s'enchainait comme sur du papier à musique : ablation de la tumeur, coudre la plaie, refermer, pansements , convalescence, rééducation.
Parce que je l'avais dit, Parce que je l'avais décidé, Parce que c'était moi la chirurgienne, l'exception, plus forte que tout le monde, la femme qui, du haut de sa montagne, regarde avec mépris les malades du cancer de l'amour. Non, la chirurgie ne me faisait pas peur. Elle faisait corps avec moi , m' habitait, respirait en moi , soufflait dans mes bronches, s'insinuait toutes les parties de mon corps tellement que moi même je pouvais m'opérer.
Mais tout ça, c'était une autre vie, un autre temps,une autre pulsation. Désormais, j'ai change de vie, ai rendu ma blouse de médecin car ce n'est pas pour moi tout ça.
Moi je veux vivre et respirer à deux cents, moi je veux entendre les galops dans ma tête, moi je veux encore serrer dans ma main l'étendard de la victoire à venir , moi je veux seller mon destrier et tenter ce qui semble impossible.
Rome sera à César. Tu le sais bien et je ne te laisserai pas filer mon petit parce que je te veux.Fuis et je te suivrai.
Je suis venue, j'ai vu, j'ai aimé......
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