lundi 10 décembre 2007

Shh snow capped hotness



Il n'y a qu'à la montagne qu'on voit ça.
L'exaltation de l'altitude fait bouillir les globules rouges, l'air raréfié et net, les sommets acérés qui emportent le coeur et l'âme vers des hauteurs inattendues. Tout est vif, tout est net, le soleil tape comme nulle part ailleurs, les insectes bourdonnent de toutes leurs mandibules, les joues sont rouges et les muscles battent. C'est fort et vivifiant.
Puis en quelques instants, le vent tourne et s'arrête, le ciel devient laiteux, les reliefs ombrageux, et en une valse muette, les flocons tombent, légers, insouciants. Juste le temps de se mettre à l'abri et déja les aspérités s'estompent, les angles disparaissent, les sons se taisent un par un.
Shhh : un manteau de silence et de courbes annule toutes les aspérités, éteint dans une lumière uniforme toutes les couleurs tantôt si vives. C'est beau, si beau. Mais aussi on ne sait plus où aller, on ne voit plus le chemin, on glisse un peu, tenté un instant de rester sur place.On frissonne aussi, saisi par un froid soudain, tout en sachant parfaitement qu'on ne pourra pas rester là, pas seulement rester sur place, qu'il faut se mettre au chaud, frapper des mains et des pieds, faire battre le coeur encore, crier pour conjurer le silence.
Demain, dans quelques jours, on sortira les skis. Le silence ne fera plus peur, musique à fond dans les oreilles sous le bonnet, et grog à l'étape. Les courbes lisses et douces qui remplacent les sommets d'hier deviendront un terrain de jeu. Et dans la lumière uniforme de ce monde du silence et du froid, réapprendre à glisser, jouer, rire. Malgré l'hiver, et aussi grace à lui.

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